Kit C41 Bellinifoto, boire et déboires du développement des négatifs couleurs home made
- Arnaud JOLY

- 10 déc. 2025
- 6 min de lecture
Le développement en cuve des films argentiques : le secret de l'agitation dévoilé.
En début de soirée lors d'un apéro photo dans un café Gallery bien connu des experts en photograpie, Mimie et Yoyo échangeaient sur leur expertise du développement de film en NB au comptoir de l'établissement.
-"Je ne fais que de la T-max, je suis les instructions du fabricant à la lettre, et j'agite avec délicatesse, le grain est fin, c'est vraiment mon style, je suis le Yoyo de l'agitation" expliquait Yoyo à Mimie qui pouffait de rire.
-"Pour ma part, je prends tout syle de pellicules, perimées, à petit prix et même gratuit. Puis je développe en stand-dev, je n'agite pas, je laisse mijoter pendant une heure dans le révélateur. Le rendu est souvent aléatoire, des fois c'est bien, parfois c'est raté, mais j'aime bien quand même. Ce n'est pas pour rien qu'on m'appelle la Mimie-cracra de la photo" disait elle en rigolant.
Loulou s'immisca en leur servant deux coktails Bellini et prit part à la conversation. "Je fais que de la HP5 poussée, avec une forte agitation, je secoue ma cuve comme mon shaker. Le grain est fort présent. Je frappe ma cuve sur le plan de travail pour ne pas avoir de bulles d'air. J'en ai fendu quelques une depuis mes débuts." Je suis Loulou casse tout.
"Vous avez vu, la semaine prochaine il y a un atelier développement couleur C-41 avec le kit Bellini. Soyez les bienvenus." Annonça Loulou en donnant des flyers à Mimie et Yoyo.
"Wow cool, j'espère que ce n'est pas trop compliqué" Répondit Mimie
"C'est une nouvelle base de cocktail, ce sont souvent les premiers qui payent le pots cassés" Rétorqua Loulou sûr de lui avec un petit sourire narquois
"Pourquoi pas, autant le faire avec des photos sans intérêt; si jamais elles sont ratées on aura pas de regrets" Conclut Yoyo avec sagesse.
Les trois compères ne se doutaient pas qu'ils allaient faire une expérience photographique aléatoire, pour le meilleur comme pour le pire.
Par ici la bonne soupe à Loulou : la recette du C-41 selon Bellinifoto
Les trois comparses se réunirent dans la cave de l'établissement, dans la partie laboratoire experimental fermé au public. La faïence se prêtait à recevoir les produits les plus corrosifs du pack de chimie pure. Nono le doyen du labo était venu superviser cette scéance experimentale afin d'éviter tout risques d'accidents. "La photo c'est bien rigolo, mais prudence...l'optique et la chimie ce n'est pas de l'informatique, il y a des risques pour la santé...quoique les viseurs numériques c'est très mauvais pour le blanc de l'oeil." dit il en ricanant
Loulou insista pour préparer la chimie. Il adore les recettes au millilitre près. Parlons en car la recette se terminait à 10 ml d'agent mouillant....
Ci dessus vous pouvez voir la story de Loulou jouant du shaker. "Ce n'est pas sorcier, il suffit de respecter les proportions" Expliquait-il en agitant les bidons accordéons. Il jongla même un peu avec pour s'assurer d'une optimisation du mélange.
Faites chauffer les produits Bellini au bain-marie
Une fois les mixtures préparées il faut les porter à température soit 38 degrés. Pour ce faire, rien de tel que le Cinestill TCS-1000. Deux cuves de développement plongèrent dans le bain marie. Une cuve PATERSON CUVE UNIVERSAL (2 FILMS135 OU 1 FILM120) et la cuve STEARMAN PRESS SP-445 CUVE DE DÉVELOPPEMENT POUR FILM 4X5 (X4) dédiée aux plans films 4/5. La chimie Bellini d'un litre permet d'opérer pour 2 cuves en même temps. Gain de temps et économie d'énergie.
Analogie entre le développement analogique et numérique : De la méthode et suivre la recette mon petit Loulou
Les recettes qui sont écrites par le fabricant permettent un résultat optimum avec le couple film/révélateur. Tirer la quintessence de l'émulsion, telle est l'obsession du photographe pointilleux. Pour les photographes aguerris, déterminés à travailler leur style, ils adorent transgresser les dogmes, comme pousser le négatif couleur Push +1 stop et "allez hop" : push +2 stops.
Dans la première partie du XX siècle, il était coutume de trouver des méthodes personnalisées pour développer ses négatifs N&B comme le développement en trois cuvettes de révélateurs différents. Le tout complèté par une agitation en Yoyo. Cette méthode permettait de tirer la quintessence des négatifs NB. Telle était la méthode de H.Houppé expliquée dans le livre : Les secrets de la photographie dévoilés. Dans les années 30, il n'y avait pas de chaînes Youtube pour la diffusion du savoir photographique et les pellicules n'étaient pas si élaborées que de nos jours.
Pour faire le paralléle avec le numérique, dans la première décennie du XXI siècle il est apparu la théorie du +1/33 & courbe linéaire. En effet nous étions revenus aux balbutiements de la photographie, il fallait compenser les faiblesses des capteurs et aussi des logiciels de traitement RAW (film/révé pour le parallèle). De plus les premiers CMOS étaient particulièrement médiocres. Heureusement ils se sont améliorés, au fil du temps. Les fabricants d'APN ont su inclure des profils frisant la pure perfection pour différents sujets : photographie de packshot, portrait, paysage...etc. Des images éclatantes de beauté prêtes à êtres développées numériquement. "La photo c'est bien rigolo, mais en 2.0, c'est ballot" conclut Nono en présentant une fiche Bellini revue et corrigée, car il avait essuyé des déboires lors des premières utilisations.
Exemple pratique : Pour de la photographie de pack shot sur fond blanc, en argentique on privilégiait le film diapositive comme la Provia 100 F qui est assez neutre et traitée en E6 à +1/3 pour avoir des blancs bien lumineux. En numérique dans la rubrique style : on sélectionnera un profil Easy Gray qui permet d'obtenir un fond blanc sans dominante de couleurs et on pourra choisir la simplicité en optant pour une courbe Auto.

Les effets de la chimie bellini C-41 sur du135 en passant du format 120 au 4/5
Ce kit est atypique par rapport aux Allemands de Tetenal et Rollei qui étaient quasiment similaires....Comme les Italiens adorent la vitesse, ils ont fait un kit en quatre bains. Cela se joue dans le bain numéro 2 et 3 ou le blanchiment et le fixateur sont en 2 bains séparés. Cela économise surtout le fixateur ce qui évite des temps de fixage et blanchiment intégrés qui sont de 15 mn quand on développe les derniers films avant de bazarder la chimie en déchèterie.
Toujours est-il que cela va tellement vite... Les temps concernant le révélateur sont sensiblement les mêmes que outre Rhin. Cela se corse concernant les temps de blanchiment et de fixage. 1mn à 2mn c'est très court, voir trop court. Il y a des risques de traitement non uniforme de la surface générant des coulures. Cela se produit si on ne peut pas garantir une bonne agitation afin d'éviter que la chimie ne stagne. C'est d'autant plus difficile dans la cuve 4/5 qui se vidange assez lentement. Plus la surface d'émulsion est grande plus les défauts sont amplifiés, ce qui se vérifie sur les plans films.
Le STAB ne se fait pas de bile mais c'est un débile.
Et pour terminer le STAB, qui en pratique est supposé n'être rien d'autre qu'un agent mouillant, anti-calcaire et anti-bactérien est souvent remplacé par du produit à vaisselle, spécialement du Paic-citron, une solution économique pour les étudiants en photographie argentique N&B.
"C'est de la pourriture ça me brûle les mains" S'exclama Loulou les mains rouges et pleine de mousses de STAB.
"De la pourriture de Loulou" ironisa Yoyo en plaçant méticuleusement ses films dans la sécheuse à films.
"C'est de la pourriture " Renchérit Yoyo en examinant ses films sur la table lumineuse après le passage en sécheuse. Des coulées blanches dégueulasses maculaient les films...Si cela restait acceptable sur le 135, c'était épouvantable sur les 4/5.
Le STAB de chez Belini est très étrange. Ils préconisent 3mn, alors qu'en Allemagne il suffit d'une minute. La dilution n'est pas aussi importante...10ml ce n'est presque rien, il restera un flacon quasi entier une fois le kit terminé, c'est pour cela qu'ils recommandent de l'utiliser en solution de rinçage.
Le passage au Scanner pour faire pleurer dans les chaumières
Les compéres avaient espéré des miracles en remettant les piteux négatifs à un ingénieur scannériste en espérant un miracle digital. Mais rien n'y a fait . La granulation était trop prononcée surtout lors des traitements poussés. Ce Kit ne se prête pas à cette pratique.
En conclusion, ce kit ne peut pas plaire à tout le monde...si vous êtes un amoureux du grain fin comme Yoyo vous le maudirez. Par contre si comme Mimie vous aimez le grain gros comme le poing vous apprécierez. Surtout si vous n'aimez pas perdre du temps à agiter pendant de longues minutes. Bref nous pouvons faire une allusion à Gil l'australien qui a trouvé son style et Mimie aussi.

































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