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Utiliser des films périmés en Photographie artistique argentique

L'utilisation de films périmés et son évolutions au cours de ces trois dernières décennies


Quand j'étais étudiant en photographie, nos professeurs nous avaient enseigné rigueur et la méthodologie concernant la prise de vue en Ekta, de l'achat jusqu'au développement. Concernant l'achat, ils nous avaient recommandé uniquement des films professionnels conditionnés au réfrigérateur et achetés en magasin pro ou labo pro; de veiller également à utiliser des films ayant le même numéro d'émulsion afin d'éviter des écarts de chromie. D'où l'intérêt d'acheter les films par propack, généralement conditionnés par 5 pour le 120 et 135. Il n'était pas rare que les studios de photographie publicitaire achètent des propack de 120 de 20 rouleaux. Et bien entendu conserver les films au réfrigérateur, en faisant attention à ne pas dépasser la date de péremption. Si celle ci devient imminente, il faut placer ces films dans un sac de congélation, et les stocker au congélateur. Dans ces conditions l'émulsion sera figée pour une durée illimitée. Il faudra cependant attendre plus de 24 heure afin de l'utiliser.


Beaucoup de précautions de base indispensables pour assurer sa prise de vue E-6 professionnelle et ne pas décevoir son client. Les aléas liés au développement pouvaient aussi arriver, d'où la nécessité de passer par des labos professionnels qui disposaient des assurances nécessaires en cas d'erreur de leur part, ce qui n'était pas le cas des minilab qui se contentaient d'offrir le développement et une pellicule à titre compensatoire. Cette compensation satisfaisait un photographe amateur mais absolument pas un photographe pro, surtout s'il travaillait sur production photo à plusieurs milliers de francs avec différents prestataires, mannequins, location de studio...etc


Dans le cas de notre cursus d'apprentissage, il fallait s'entrainer, et donc consommer beaucoup de pellicules. Si le N&B était moins onéreux que la couleur lors de l'achat des films et le développement réalisé par nos soins, ce n'était pas le cas de L'E6 qui nécessitait le passage en labo pro. Pour le négatif couleur les films et le dev C-41, étaient légèrement moins cher que l'E6. En revanche, le prix de la planche contact réalisée sous agrandisseur venait gonfler considérablement la facture lors du passage à la caisse du labo.


Le négatif couleur était connoté photographie de mariage et photographie scolaire. Pour la photographie publicitaire et catalogue de PAP, c'était l'ekta. En revanche aux USA le négatif couleur avait le vent en poupe pour la photographie de mode et beauté pour la douceur et le rendu des teintes chair. C'est pour cela qu'il était beaucoup utilisé à Paris, et que certains labo-pro parisiens avaient adapté leur offre en fonction de leur clientèle Américaine fortement implantée avant le passage à l'Euro. Et ils avaient adopté les méthodes made in USA comme le traitement poussé alors que nos professeurs et les labo de province proscrivaient ce traitement. Certains labos parisiens s'étant spécialisé dans le développement du négatif couleur à des prix très abordables comme Processus, Négatif plus, Nation Photo....etc Ces labos exercent toujours et ont su tirer leur épingle du jeu lors de l'arrivée du numérique.


Les films périmés étaient une aubaine pour les étudiants en photographie. Certains grossistes et fournisseurs, n'hésitaient pas à en offrir gracieusement aux étudiants. Un retour sur investissement sur du long terme, car à cette époque ils n'imaginaient pas que la transition numérique se fassent de façon si rapide. Toujours est-t-il que grâce à la générosité de mes fournisseurs, j'ai pu tester une multitude d'émulsions, sans jamais avoir eu de déboires causés par le dépassement de la date de péremption.


Cela m'est arrivé quelques années plus tard avec une boite de Vericolor perimée de cinq ans, alors que la semaine précédente j'avais utilisé un propack 220 de Fuji Reala périmé de dix ans et qui s'était très bien comporté... Stockée dans des conditions identiques les émulsions ont travaillé de façon totalement différente avec le temps. Heureusement la technologie numérique du scanner Imacon a permis à ces négatifs sous exposés de deux diaph de générer des images exploitables alors qu'elles ne l'auraient pas été avec un agrandisseur.


De nos jours les films périmés, se vendent 10 à 20% moins cher que des émulsions "fraiches". On les trouve souvent en boutiques spécialisées ou sur des sites d'annonces en ligne comme LBC. Bien souvent peu d'informations sur le stockage et leur origine. Mieux vaut acheter un lot et faire un film test afin de savoir quelles corrections apporter. On y trouve souvent des pellicules ayant plus de 20 ans. Les utilisateurs les achètent pour avoir des rendus artistiques aléatoires intéressants. Ils sont utilisés de manière anecdotique lors d'une prise de vue, afin d'amener une touche artistique supplémentaire que l'IA n'a pas encore intégré dans sa mémoire.


Kodacolor-X à développer avant juillet 73
Kodacolor-X à développer avant juillet 73

L'utilisation actuelle des film périmes dédiés à la recherche artistique expérimentale

De nos jours, shooter avec des films périmés, n'est absolument pas une démarche de photographe économe. C'est une approche expérimentale artistique. En effet le but est de produire des images inhabituelles plus originales et uniques changeant de ce qu'on peut trouver dans une bibliothèques de preset.


Les films couleurs qu'ils soient négatifs ou positifs sont ceux qui sont les plus intéressant en terme de rendu contrairement aux films négatifs N&B.


Les films N&B en vieillissant ont tendance à s'opacifier avec le temps, de perdre également un peu de leur sensibilité pouvant causer une sous exposition d'où l'intérêt de compenser cela en les sur-exposant et les sur-développer. Cela engendrera une montée de grain, ce qui peut donner un style. Les films anciens étaient beaucoup plus riches en sels d'argents, et les révélateurs de l'époque étaient aussi plus concentrés et de ce fait plus polluant. Il ne faut donc pas hésiter à rallonger le temps de développement de 1 ou 2 stop.


Kodacolor-X périmé de plus de 50 ans développé en C-41
Kodacolor-X périmé de plus de 50 ans développé en C-41

Les films périmés couleur et leur rendu chromatique aléatoire


Comme expliqué précédemment, concernant le vieillissement des films N&B, les films couleurs ont a peu près les mêmes caractéristiques de vieillissement sauf que cela se passe sur plusieurs couches.


Les films couleurs sont émulsionnés en trois couches...et elles ne vieillissent pas du tout de la même façon au cours des années, ce qui produit des résultats chromatiques aléatoires et surprenants.


Pour l'image ci dessous j'ai utilisé une pellicule Kodacolor-X à développer avant juillet 1973. je l'ai surexposée de 2 diaph sur les 80 iso annoncés en utilisant un flash de studio pour doper le contrast. Pour cela mieux vaut privilégier une lumière dure. Normalement ce film se développe avec la chimie C-22 (qui n'existe plus) , mais je l'ai développé en C-41. J'ai également sur-développé de 2 diaph. Pour scanner le film qui était assez dense, j'ai utilisé le mode nuit. Le résultat est granuleux à souhait et quasi monochrome.


On dit souvent que il faut surexposer de 1 diaph par décennie pour compenser la perte de sensibilité, cela reste purement théorique. Pour bien faire, mieux vaut faire un film test ou une bande test sur les 6 premières vues s'il s'agit d'un film 135. L'idéal est de faire des images test avec une lumière à contraste moyen et de braketer. Aprés développement, cela permettra de voir quelles corrections apporter, au niveau de l'exposition, du développement et pourquoi pas du filtrage.

Fuji Reala 100 périmé de 20 ans
Fuji Reala 100 périmé de 20 ans


L'utilisation de films négatifs couleur périmés

L'utilisation de films négatifs périmé présente assez peu de risques, surtout chez Fuji, ils ont l'air de mieux se conserver dans le temps. En plus on peut facilement rattraper la chromie en post production grâce à la bonne latitude de pause et l'interprétabilité du film négatif couleur.


J'avais déja testé un de ces films Reala issu du même lot, et là ce fut une très bonne surprise, aucune correction d'exposition à apporter. Le négatif était digne d'une émulsion non périmée. Je l'ai tout de même poussé à +1 lors du développement, ce que je fais systématiquement en photographie de personnage pour la beauté du grain argentique et du grain de peau. En plus ce film se scanne facilement car il est référencé dans le logiciel Vuescan, donc très peu de correction chromique .


Dans ce cas, l'utilisation de film périmée, ca sera le plaisir d'utiliser cette émulsion mythique qui n'est plus produite depuis 2012. A découvrir ou re-découvrir. Personnellement je l'ai très peu utilisée dans les années 2000, et je dois admettre qu'elle n'a rien à envier aux Kodak Portra. C'est souvent plus une quetion d'habitude et de fidelité aux marques. L'utilisation de films périmés est une invitation à l'expérimentation.


Ektachrome 64T périmée depuis plus de 20 ans en cross processing format 6/6
Ektachrome 64T périmée depuis plus de 20 ans en cross processing format 6/6

Quelques recommandations avant d'utiliser un rollfilm 120 perimé

Le format 120 a surement le contenant qui vieillit le moins bien. Tout d'abord l'adhésif qui maintient le film sur le support papier à tendance à se détacher. Avant de charger le film dans l'appareil, il est préférable de dérouler le film dans le noir complet et de remettre un nouvel adhésif, cela peut être du gaffer. Si le film n'est pas convenablement fixé sur le support papier il risque de se se bloquer dans le mécanisme d'entrainement du film et de se retrouver plier en accordéon.


Sinon le papier noir du film 120 a tendance à coller à l'émulsion en créant un effet bullé. C'est ce qui s'est produit sur ce film Ektachrome 64T que j'ai utilisé en traitement croisé poussé donc avec de la chimie C-41. Le traitement croisé en film périmé donne les rendus les plus surprenants à mon goût pour le décalage des couleurs. Il faudra le scanner en négatif et donc l'interpréter comme un négatif avec le rendu chromatique selon son propre ressenti.


A titre de comparaison, il n'y a rien à voir avec la prise de vue réalisée avec la Reala exactement dans les mêmes conditions de lumière. J'ai bien entendu utilisé les mêmes conditions de prise de vue, même focale et même cadrage, car en photographie de studio à la chambre on travaille sur trépied. Les dos Roll-film pour chambre 4/5 donnent un plus grand confort d'utilisation, et permettent de réaliser des close-up en format 6/6


Ektachrome 64T périmée depuis plus de 20 ans en cross processing format 6/9
Ektachrome 64T périmée depuis plus de 20 ans en cross processing format 6/9

L'utilisation de film périmé en moyen format

Plus la surface photosensible est grande plus les réactions chimiques sont intéressantes. Pour cela j'ai utilisé le format 6/9 avec une ektachrome 64T. L'effet bullé généré par le papier du roll film sur un des plus grands formats utilisé en 120, donne un effet beaucoup plus nuancé que sur un format 6/6. Les rendus du développement sont intéressants au niveau des dégradés.


Pour ces deux dernières images réalisées avec de l'Ektachrome 64T on obtient des images totalement différentes en terme de rendu et de chromie. Ces pellicules avaient à peu près le même âge mais n'avaient pas le même numéro de lot.


Pour conclure concernant l'utilisation de films périmés, de nos jours mieux vaut les utiliser de manière anecdotique pour limiter les risques de n'avoir aucune image exploitable.


S'il est possible de dénicher des lots de films périmés sur LBC, il est parfois préférable d'avoir recours à des magasins spécialisés comme : Les ateliers de Marinette. Dans le cas de lots assez importants, ils éditent des fiches concernant le rendu et les corrections à apporter. C'est rassurant pour leur clients.


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Arnaud  JOLY Photographe auteur

E-mail : info@arnaudjoly.fr

Tel : +33 6 87 13 25 54  

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